Julius Baer Wealth Management (Monaco) a été condamnée à une amende de 1,5 million d'euros par le régulateur financier de la principauté, pour des manquements graves à la lutte contre le blanchiment d'argent, la dernière sanction en date visant une société de gestion de portefeuille monégasque. La décision, prise par la commission des sanctions de l'Autorité monégasque de sécurité financière (AMSF) et datée du 25 août, a été publiée au Journal de Monaco le vendredi 4 septembre ainsi que sur le site du régulateur. Elle fait suite à une inspection sur place menée en octobre 2024.
L'AMSF a retenu intégralement les deux griefs formulés contre la société, détenue en totalité par le groupe zurichois Julius Baer. Au moment de l'inspection, l'entreprise employait 25 personnes et gérait 908 comptes clients, dont 44,1 % classés à haut ou très haut risque, 91,2 % de ces comptes étant hébergés auprès de la Bank Julius Baer Monaco.
Le premier grief portait sur l'organisation des dispositifs de lutte contre la criminalité financière au sein du groupe. En vertu d'un accord intragroupe avec la Bank Julius Baer Monaco, la société déléguait à la banque la vigilance sur ses clients les plus à risque, tout en conservant en interne le suivi des clients à moindre risque. Le régulateur a jugé cet arrangement insuffisamment encadré : l'accord ne définissait ni critères clairs de classification des risques, ni processus documenté permettant à la société de s'assurer que les contrôles effectués par la banque étaient complets, solides et à jour. Il en résultait, selon la décision, une dépendance de la société aux contrôles de la banque sans moyens contractuels d'exercer un contrôle réel sur ceux-ci, alors même qu'elle demeurait seule responsable, en dernier ressort, du respect de ses obligations légales.
Le second grief portait sur le dépôt tardif de trois déclarations de soupçon auprès de la cellule de renseignement financier de l'AMSF, chacune transmise longtemps après l'apparition des premiers éléments justifiant le soupçon. Dans un premier cas, le bénéficiaire effectif d'un client, un ressortissant russo-britannique, avait été relié par des articles de presse identifiés lors d'un réexamen en 2021 à un système de corruption, mais la déclaration n'a été déposée qu'en juin 2022, soit 393 jours plus tard. Le deuxième cas concernait un versement de 5 millions d'euros crédité en mai 2019 à une société monégasque détenue par une personne politiquement exposée, provenant d'une contrepartie que la société n'avait pas identifiée ni pu documenter correctement : la déclaration n'a été déposée qu'en juillet 2023, soit 1 202 jours, plus de trois ans, après la transaction.
L'amende de 1,5 million d'euros a été fixée en deçà du plafond légal de 10 millions d'euros. La commission a pris en compte le chiffre d'affaires de la société, passé de 25,7 millions d'euros en 2023 à 27,9 millions d'euros en 2025, ainsi que son appartenance à un groupe international disposant des moyens nécessaires pour financer un dispositif conforme. L'AMSF a rejeté la demande de la société de voir la décision publiée de façon anonyme, ordonnant sa publication nominative pendant trois ans avant anonymisation, et a relevé que d'autres entités du groupe Julius Baer avaient déjà fait l'objet de sanctions publiées en matière de lutte contre le blanchiment depuis 2020, en Suisse, aux États-Unis, en France et à Singapour.
Cette sanction s'inscrit dans une série de mesures prises par l'AMSF, qui a succédé à l'ancien SICCFIN en 2023 et exerce désormais à la fois la supervision et le rôle de cellule de renseignement financier de la principauté. En mai, le régulateur avait infligé une amende de 6 millions d'euros à UBS Monaco, et en juillet une amende d'un million d'euros à la Moncrief Private Bank, anciennement Banque Havilland Monaco, pour des manquements répétés. Cette action s'inscrit dans les efforts de Monaco pour sortir de la liste grise du Groupe d'action financière, sur laquelle la principauté a été placée en juin 2024.

