Prateek Suri, directeur général de Maser Group et connu comme l'un des plus jeunes milliardaires d'Afrique, a obtenu un financement de 200 millions de dollars auprès de Chia Ventures pour ancrer à Monaco une nouvelle entreprise de yachts de luxe. Les fonds transitent par MDR Investments, filiale de Maser Group, vers une entité créée spécifiquement pour concevoir, construire et vendre des superyachts sur mesure destinés à une clientèle à très haute valeur nette, donnant à Suri un point d'ancrage dans un secteur que Monaco s'emploie depuis plus d'un siècle à placer au centre de son identité.
Le parcours de Suri lui même est assez éloigné du Port Hercule. Il a bâti sa fortune principalement dans les secteurs miniers et technologiques africains, et est largement présenté comme l'Indien le plus riche d'Afrique, un profil qui fait de l'entreprise monégasque autant une déclaration d'entrée dans le luxe européen qu'une simple expansion commerciale. Son portefeuille actuel comprend déjà une marque d'électronique valorisée à un milliard de dollars, des yachts privés, des biens immobiliers de luxe et une île personnelle, ce qui donne à la nouvelle entreprise un fondateur dont les habitudes personnelles correspondent déjà à la clientèle qu'elle entend séduire.
Les navires eux mêmes sont présentés comme alliant technologie navale de pointe, artisanat d'art africain et intérieurs opulents, avec un engagement explicite en faveur de la durabilité, une combinaison qui apparaît comme une différenciation délibérée par rapport aux maisons de design européennes et moyen orientales qui dominent les carnets de commandes de superyachts sur lesquels travaillent déjà la plupart des courtiers monégasques. Reste à savoir si cette alliance particulière, des traditions artisanales africaines appliquées à une catégorie de luxe fondamentalement européenne, trouvera de véritables acheteurs, ce qui ne sera clair qu'une fois la première coque mise à l'eau.
Ce qui est déjà clair, c'est l'orientation générale : un engagement de 200 millions de dollars issu de capitaux asiatiques, construit autour d'un langage esthétique africain, et choisissant de s'implanter à Monaco plutôt qu'ailleurs, constitue en soi un petit indice supplémentaire de la manière dont la principauté a consolidé sa position d'adresse par défaut pour toute entreprise de superyachts, quelle que soit l'origine réelle de son fondateur ou de ses capitaux.

