Les négociations en vue de la vente de la chaîne pharmaceutique britannique Boots à la famille anglo-canadienne Weston sont bloquées après que les Weston ont revu leur offre à la baisse, une réduction que l'actionnariat actuel de Boots a rejetée, laissant, selon une source proche des discussions, à peu près une chance sur deux que l'accord aboutisse. Les Weston ont revu leur offre à la baisse après le retrait de l'australien Sigma Healthcare, qui avait formulé une offre concurrente en juin, laissant la famille seule candidate en lice et, apparemment, moins disposée à payer une prime pour un accord ne comptant plus aucun enchérisseur rival.

L'obstacle qui bloque un dénouement n'est pas vraiment un désaccord sur le prix au sens ordinaire du terme. Stefano Pessina, le président exécutif de Walgreens Boots Alliance qui détiendrait désormais une participation proche de 50 % dans Boots, refuserait d'accepter la valorisation revue à la baisse des Weston, ce qui confère de fait à un seul actionnaire un droit de veto sur la poursuite ou non de la vente. Pessina vit à Monaco depuis des années, l'une des rares figures d'affaires européennes dont l'adresse personnelle et le sort de l'entreprise suscitent, dans la principauté, un intérêt à peu près équivalent.

Si les négociations échouent complètement, les propriétaires de Boots disposent déjà d'un plan de repli : abandonner le processus de vente au profit d'une restructuration de l'entreprise en vue d'une introduction en Bourse à Londres dans les deux prochaines années, une opération qui serait menée par le futur directeur général Alex Baldock, en provenance de Currys à l'automne. Une introduction en Bourse constituerait une voie considérablement plus lente vers un paiement qu'une vente directe, mais elle ne nécessiterait pas l'accord de Pessina sur un prix qu'il a déjà jugé trop bas.

Rien de tout cela ne se joue à Monaco même, une chaîne pharmaceutique britannique n'a aucune boutique dans la principauté et les mécanismes de l'accord se déroulent entièrement à Londres et au sein des sociétés holding de la famille Weston. Ce qui rattache cette affaire à Monaco tient simplement au lieu de résidence choisi par son actionnaire le plus déterminant, un rappel qu'une principauté de quarante mille habitants peut encore se trouver, discrètement, au centre de décisions concernant des entreprises bien plus grandes qu'elle.